avril 16, 2026
Pourquoi le Château Latour a quitté les En Primeur

En septembre 2012, Frédéric Engerer — alors président du Château Latour — a annoncé que le domaine ne participerait plus au système des En Primeur de Bordeaux. C'était, à l'époque, la rupture la plus significative avec les conventions bordelaises de mémoire d'homme.
Aucun autre Premier Cru ne l'avait fait. Aucun domaine de rang comparable ne l'avait fait. Et pourtant Latour, l'une des cinq propriétés les plus importantes au monde, s'est détourné du système qui définissait la vente de Bordeaux depuis près d'un siècle.
Plus de dix ans plus tard, il est utile de comprendre exactement pourquoi ils l'ont fait, ce que cette décision a changé et pourquoi — pour les collectionneurs sérieux — elle a sans doute renforcé la position de Latour plutôt que de l'affaiblir.
Ce qu'est réellement l'En Primeur
En Primeur est le système par lequel les châteaux bordelais mettent en vente leurs vins environ dix-huit mois après la récolte, avant qu'ils ne soient mis en bouteille. Les acheteurs paient au moment de la sortie et attendent, parfois plusieurs années, que le vin arrive. Des négociants comme Fine Wine Library achètent des allocations via La Place de Bordeaux et les transmettent aux collectionneurs.
L'attrait pour les châteaux a historiquement été clair : une trésorerie garantie tôt dans la vie du vin, une large exposition sur le marché et un moyen de distribuer le vin à travers un réseau mondial de négociants avant même qu'une seule bouteille ne soit remplie.
L'attrait pour les collectionneurs a également été réel : l'accès aux plus grands vins aux prix les plus précoces, le plus large choix de formats et la sécurité d'une allocation garantie.
Mais le système comporte une tension intrinsèque. Le vin vendu est un échantillon de fût — une estimation éclairée de ce que le vin fini deviendra éventuellement. Les critiques dégustent au printemps suivant la récolte et attribuent des notes. Ces notes déterminent les prix. Et les prix sont fixés avant que le vin ne soit achevé.
Pourquoi Latour s'est retiré
Le raisonnement énoncé par Engerer était simple et, avec le recul, difficile à contester. Les vins de Latour ont besoin de temps. Du vrai temps — pas les deux ou trois ans entre la sortie et la livraison, mais dix, quinze, vingt ans ou plus avant que le Grand Vin ne commence à révéler tout son caractère.
Vendre un vin qui nécessite deux décennies en bouteille à un prix fixé par un échantillon de fût de dix-huit mois crée une distorsion inhérente. Le vin évalué n'est pas le vin que le collectionneur boira finalement. Et le prix payé reflète la projection du critique sur ce que ce vin pourrait devenir, plutôt que la certitude de ce qu'il est.
Du point de vue de Latour, cela créait un problème. Leur vin — celui qu'ils avaient passé des générations à perfectionner, à investir et à protéger — était évalué sur la base d'informations incomplètes. Et une fois mis sur le marché, le domaine n'avait plus aucun contrôle sur la provenance, le stockage ou la manière dont le vin parvenait à son propriétaire final.
La solution fut radicale : retenir entièrement le vin. Ne le sortir que lorsqu'il est prêt à être bu — ou du moins lorsqu'il approche d'un point où il peut être évalué de manière significative en bouteille — et le vendre directement sur le marché à ce moment-là.
Ce qui a changé après 2012
Les conséquences pratiques furent importantes. Les vins de Latour — à partir du millésime 2012 — ont disparu de la campagne annuelle des En Primeur. Les négociants qui recevaient historiquement des allocations se sont retrouvés sans ligne Latour à proposer.
La première sortie post-système a eu lieu en 2018, lorsque Latour a commercialisé le millésime 2006. Son prix était considérablement plus élevé que s'il avait été vendu en primeur en 2008 — mais il s'accompagnait de quelque chose que les échantillons de fût ne peuvent offrir : la certitude. Le vin était en bouteille, évalué dans son état final, et disponible avec une provenance impeccable directement du château.
Les sorties ultérieures ont suivi la même logique : les vins sont commercialisés lorsque Latour les juge prêts, généralement dix à quinze ans après la récolte. Les millésimes 2012, 2013 et 2014 ont été sortis ensemble en 2021. Le 2015 a suivi. Plus récemment, le 2016 — largement considéré comme l'un des plus grands Latour jamais produits — a été mis en vente en 2025, près d'une décennie après la récolte.
L'effet sur le prix et la collectionnabilité
La décision n'a pas nui à Latour commercialement. Au contraire, c'est plutôt l'inverse.
En contrôlant le moment de la mise en marché, le domaine a redéfini la perception de Latour par le marché. Plutôt que d'être l'un des cinq Premiers Crus en quête d'attention pendant la fenêtre des En Primeur au printemps, Latour arrive désormais selon ses propres conditions — annoncé, évalué et disponible d'une manière qui génère son propre moment d'attention sur le marché.
Les prix du marché secondaire pour Latour sont restés solides. La combinaison d'une offre limitée, d'une provenance impeccable (le domaine peut retracer toute la chaîne de possession pour chaque bouteille) et du prestige d'un château qui opère entièrement en dehors des règles conventionnelles de Bordeaux a, au contraire, accru le mystique du vin.
Pour les collectionneurs, les principales implications sont les suivantes. Latour n'est plus disponible aux prix de sortie dix-huit mois après la récolte. Il arrive plus tard, au prix que le marché peut supporter à ce moment-là, sans remise pour accès anticipé. Mais ce que vous recevez en échange est un vin en bouteille, avec une documentation complète sur sa provenance, à l'approche ou au sein d'une fenêtre de dégustation validée par le domaine lui-même.
Ce que cela signifie si vous voulez acheter du Latour
Acheter du Latour aujourd'hui signifie acheter des millésimes anciens déjà commercialisés plutôt que des futures. Fine Wine Library maintient un accès à Latour sur une gamme de millésimes — y compris les sorties récentes de l'ère Pinault — tous conservés sous douane, hors taxes, avec une provenance complète.
Pour les collectionneurs bâtissant une position sérieuse en Pauillac, les sorties post-En Primeur de Latour représentent une proposition différente de celle de ses pairs. Pas de prix d'entrée précoce, mais pas d'incertitude liée aux échantillons de fût non plus. Vous savez ce que vous achetez. Vous savez d'où il vient. Et vous savez qu'il provient de l'un des chais les plus précisément gérés de Bordeaux.
Le fait que ce compromis convienne à votre stratégie de collection dépend de votre horizon temporel et de l'importance que vous accordez à la certitude d'une bouteille sortie du château et entièrement documentée par rapport à l'accès anticipé qu'offrent les En Primeur.
Pour la plupart des collectionneurs sérieux, la réponse est claire. Le marché secondaire de Latour vous dit tout.
Explorer le Château Latour → Acheter les vins du Château Latour
Comprendre les En Primeur → Le guide complet des En Primeur de Bordeaux
Meilleurs Millésimes → Les meilleurs millésimes du Château Latour à acheter
Comparer les Premiers Crus → Premiers Crus de Bordeaux : le guide complet
